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Chrysalide – Personal Revolution [par Epoque - octobre 2014]

Je me souviens très bien de mon scepticisme d’il y a trois ans lors de mes premières écoutes du précédent album de Chrysalide, le bien-nommé « Don’t be scared, it’s about life » qui embrassait un large champ de sujets pourvu qu’il y ait le bruit, pourvu que subsiste la colère. Je m’étais posé des questions vis-à-vis du rythme à l’époque, reprochant à demi-mot au groupe certains choix qui me paraissaient trop dans l’air du temps, trop « dub-stepisant » pour vulgariser. Des centaines d’écoutes et quelques concerts plus tard, j’avais ravalé mes doutes et converti plusieurs petits camarades en leur expliquant que ce groupe était formidable et combien il avait évolué depuis le début. J’expliquais que cet album était brillant, qu’il mettait en avant une science du sample, un jeu de rupture, de contraste et qu’il sublimait cette éducation du bruit quasi prophétique qui cheminait tout au long d’un disque admirablement bien construit. Dire que ce Personal Revolution était attendu relève donc du doux euphémisme. Qu’en est-il ? Qu’est ce qui se cache derrière ce titre ambitieux et cette énigmatique pochette ? Personal Revolution est-il bien la claque annoncé ? Voici un début de réponse.

Ce qui frappe de prime abord, c’est que le temps où les paroles se mêlaient au sonorités industrielles au point de devenir elles-mêmes un instrument (parfois au détriment du sens) est terminé. Désormais, les textes sont éligibles, clairs et compréhensibles à chaque instant et cela implique de bons et de mauvais cotés. Le bon coté c’est que nous n’aurons désormais plus d’excuses pour chanter/crier en yaourt durant les concerts. Immédiatement fédérateurs, les textes sont porteurs et les paroles... parlent pour peu que l’on accepte d’être guidé de manière presque infantilisante par instants mais jamais malhonnêtement. Ce qui est plus ennuyeux avec cette éligibilité nouvelle, c’est que par moments, la mise en avant du texte se fait au détriment de la musique, même si reléguer cette dernière au second plan est une volonté assumée du groupe, ceci a de quoi perturber en premier lieu. En peignant une révolte à échelle humaine, Chrysalide se fait plus introspectif et ses composants humains sont plus visibles que par le passé. Certains apprécieront la franchise, le désir de communication du groupe, de partage et viendront saluer l’initiative à l’heure où l’on ne peut s’empêcher de pester contre la « facilité » et les raccourcis qu’utilisent certains musiciens pour écrire, mais quand est-il des autres ? En tant que vieux fan de Chrysalide je ne peux m’empêcher de rester quelque peu sur ma faim. En effet je ne pense pas qu’il soit impossible de concilier l’aspect chimérique et sauvagement bruyant des anciennes productions à la volonté de proposer des textes plus marqués. Mon regret principal viendra du manque de variété de cet album, là où la première partie du disque séduit, notamment grâce à l’exceptionnel "We are not Cursed" qui peut se targuer de proposer la bassline la plus funky de toute l’histoire du cyberpunk et de ses affiliations, la seconde partie de l’album peine à se renouveler et s’embourbe même parfois sur elle-même. Là où le précédent opus se construisait pistes après pistes et gardaient d’appréciables moments de bravoure pour la fin (le morceau 2010 en a marqué plus d’un), Personal Revolution tire ses meilleures cartouches d’entrée de jeu.

Question Everything fonctionne très bien en premier morceau par exemple (je ne compte pas l’intro ici), le combo "Grosse basses indus" et "Petites perles dans les aigus qui vont bien" séduit et la structure progressive ne peine nullement à convaincre. Il en va de même pour le très "pop" "Tomorrow is too late", si le sujet (la procrastination et ses conséquences douloureuses sur l’être) peut prêter à sourire (voir à agacer à la réécoute) il faut bien reconnaître que cela reste une jolie découverte, agréable pour peu qu’on laisse de côté les paroles. Et c’est ici l’un des problèmes majeurs, bien que ce soit totalement subjectif je le reconnais. Jusqu’à présent, nous avions le choix avec Chrysalide de nous pencher - ou non - sur le texte. La musique se suffisant à elle-même, les paroles pouvaient se découvrir - ou non - si l’on y prêtait un peu plus d’attention (ou si on les lisait tout simplement). Cette part de mystère n’existant désormais plus, il faut espérer que l’auditeur sera sensible à la plume de ce papillon d’ombre et qu’il ne rejettera pas ce qui est sorti du cocon et qu’il aimait tant.

Pour ma part, j’apprécie beaucoup le titre "Another kind of me" que l’on découvre par la suite, pour sa mélancolie et ses nappes qui évoquent le meilleur de l’ancien Chrysalide (On pense à "The Resigned" qui annonçait quelque peu cette tournure du groupe avant l’heure ou au parfait "Let the bomb fall" encore aujourd’hui un modèle de sobriété profonde). Cette mélancolie est d’ailleurs un aspect particulièrement positif, le piano qui accompagne la plupart des pistes est élégant et fait glisser l’auditeur dans une torpeur agréable.

Malheureusement, comme je le disais plus haut, la seconde partie de l’album fonctionne moins bien à mon sens, on attend longuement un sursaut de génie et ce n’est pas le décevant titre éponyme qui inversera cette tendance, non pas que le morceau soit mauvais, mais il ne m’a jamais vraiment embarqué (la faute peut-être à des mots transparents trop évidents et à une absence de prise de risques). Et j’avoue avoir eu beaucoup de peine à écouter "I had a dream" jusqu’au bout à cause des problèmes de justesse, mais je suis un peu maniaque à ce niveau et je sais que la majorité des fans n’auront aucun problème avec ça et tant mieux.

Mon jugement peut paraitre sévère mais je tiens tout de même à rappeler combien je trouve admirable la volonté de Chrysalide de proposer à chaque fois une expérience nouvelle, de faire vivre leur projet avec les tripes et ce, quelle que soit la tournure que prendra leur oeuvre, les humains qui composent le groupe restent des personnes d’exception qui font vivre une scène presque à eux seuls et sont pour moi une source d’inspiration depuis dix ans.

Il est important aussi de féliciter la qualité de production de ce « Personal Revolution », jamais le son du groupe n’aura été aussi propre et puissant à la fois, l’écoute est fluide et agréable et prouve encore une fois qu’Arco connait son boulot lorsqu’il s’agit de mixage ou de mastering, de ce coté là, c’est un sans-faute.

Vous l’aurez compris, il n’est pas impossible que cette révolution-là vous prenne au dépourvu. Comme toute révolution, elle apporte un changement qui ne peut pas plaire à tout le monde et peut-être laissera-t-elle certains auditeurs sur le bord de la route. Les autres en revanche découvriront un album mûr, puissant et beau avec parfois quelques fragilités qui sont le prix à payer lorsque l’on met à nu son humanité.[/quote]


Spice Must flow

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