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CRUISE [CTRL] - How’s Annie ? [par Havoc - novembre 2010]

C’est avec un plaisir gourmand que je déflore cet objet sentant bon le carton fraichement imprimé. L’artwork est aussi sobre que la musique qu’il contient, un cœur rouge vif sur fond noir dévoile l’humain qui vibre sous l’apparente austérité graphique de ce disque.

La musique de ce deuxième album du duo belge Cruise [Ctrl] s’apparente toujours autant à une electro minimale aux fortes réminiscences industrielles, quelque part entre un PANSONIC moins incisif et un RIOU qui aurait boosté ses basses pour envahir les dancefloors de ce XXIème siècle aussi tourmenté que l’esprit d’un David Lynch, figure omniprésente dans l’univers du duo John Cruise et Gore Ctrl.

Le propos est austère. Dés les premières fréquences de "missoula 46" je me retrouve en terrain connu, soundscapes noisy et lignes de basse analogiques serpentent autour d’un rythme sec et métronomique. Aucune place n’est laissée à la vulgarité ou au ludique. Ces gens là savent où ils vont et ne dérogent à aucune des règles du manifeste minimal, pas de fioritures, chaque son est à sa place et toute forme d’approximation est tout simplement prohibée.

En plage 3 "labyrinth girl", exécuté avec l’aide de Babylone Chaos, le kick compressé vous explose en pleine figure, comme une claque cinglante aux besogneux de la techno qui confondent minimalisme et fainéantise.

Profitant de quelques plages ambient très froides, certains morceaux rythmiques vrombissent à la face de l’auditeur comme pour mieux le surprendre et agiter les fils de sa marionnette. L’univers est froid, martial, sans motifs mélodiques. La danse ici se fait saccadée, épileptique, urbaine si urbaine.

L’influence du premier album de MONOLITH n’est pas loin sur "ugly expresso in hollywood" mais c’est vers l’obsession ascétique d’un SCORN que se tourne le titre n°7 "henry’s dead". Quand on arrête de se poser des questions en musique, il n’en reste que l’essentiel : la colonne vertébrale sur laquelle l’auditeur/danseur construit peu à peu ses propres rêves et réalise ses propres chorégraphies oniriques. La chair exsangue, l’os mis à nu, CRUISE [CTRL] dénoyaute le reste de l’âme humaine pour l’amener vers l’hypnose du cabinet du Docteur Caligari.

Enfants légitimes d’une scène répétitive initiée par LA MONTE YOUNG ou TERRY RILEY et poussée à son paroxysme par SUICIDE et ESPLENDOR GEOMETRICO, ces deux belges monomaniaques insufflent un mouvement, une vibration électrique à leur techno autistique, et réussissent à ouvrir des univers avec presque rien là où tant d’autres s’échinent à foutre 60 pistes de sons pour ne générer que de l’ennui. Beaucoup de personnes n’aimerons pas ce disque car trop minimaliste, trop peu de textures et aucune voix pour séduire l’auditeur. Non ici tout n’est que borborygmes analogiques et crépitements de boites à rythmes vintage.

Ce disque aurait très bien pu être produit en 1981 si la mention DC61 n’indiquait pas que nous sommes en 2010 et que cet album vient à nouveau de revéiller le label Divine Comedy endormi depuis quelques années dans une dark ambient mat et pâle.

Comme pour mieux récompenser l’auditeur qui vient de se taper 45 minutes de sons cliniques et contondants, le duo met entre les mains de trois remixeurs (et non des moindres : RORSCHACH GARDEN, les NO MORE du vieux tubes proto electro "suicide commando" et le français OIL10) les titres "where is alice ? alice who ?" et "pomona road" pour un résultat défiant toute espérance. Mention spéciale au remix minimal wave de Rorschach Garden et à celui franchement épatant de Oil10.