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Dexy corp_ Uchronopolis [par Charle Phaser - mars 2011]

Pas besoin de rouleau compresseur ; les ascendants Dexy Corp_ signent Uchronopolis, cette nouvelle galette et deuxième LP, qui projette ce groupe originaire de Tours au rang de trésor du métal/punk industriel.

Ayant déjà entendu maintes fois les compositions du groupe, avec leur premier album Fragmentations, le retour dans les bacs avec cet opus était sérieusement attendu. Apparemment, rien de radicalement différent par rapport aux sonorités globales et aux compositions, ce qui ne décevra aucun amateur de leur précédents efforts.

Le premier opus témoignait d’une efficacité remarquable et jubilatoire au niveau des sons, autant fascinant et massif que recette miracle pour l’obtention de migraines.

En effet, c’est bien de cette surenchère de son dont il était question, une omniprésence de guitares écrasantes et une batterie électronique claquante un poil trop explosive, suivant l’état physique de l’auditeur ainsi que la qualité de ses haut parleurs. Les chansons isolées se révélaient excellentes, mais l’ensemble formait un tout quelque peu harassant à la longue. Nécessite du style, dira-t-on, mais peut-être que le mastering un peu trop compressé, l’égalisation, ainsi qu’un manque d’aération des riffs et des breaks, contribuaient à cette impression.

Après ce court flashback, qui pourrait être nécessaire à la compréhension de ce nouvel album que nous vous invitons à comparer avec son grand frère, les Dexy_ ouvrent sur une introduction très imagée et connotée "années 30" où l’on entend un vieux transistor diffusant une musique aux accents de fanfare jazzy qui tourne en valse indus. Pourquoi planter un tel décor ?

Surpris par cette introduction foutraque, une rupture brutale contredit avec le contraste de la chanson suivante. Dexy_ nous donne un immense coup de pied dans les côtes et annonce l’ambiance générale de l’album avec un "Blacklash" mid-tempo qui, d’emblée, expose un groove terrible de batterie et synth bass hypnotique, malsain, et qui racle les entrailles. Des synthés nasillards serpentent les murs de guitares, un peu démembrés, comme des rejets de copeaux métalliques, distordus et glissants.

Avec les Dexy_, nous avons le droit à des breaks de perceuses et autres sons stridents ("Exodus", excellent et insoutenable pour les oreilles sensibles). On se laisse chatouiller par le vocoder et les effets de "Lockdown" qui en font une pop song gaugeant dans le mercure, et qu’est ce qu’un titre tel que "Nero’s Dream" fait là ? Une hymne au logiciel de gravure et à l’empereur romain ? Et bien non, aucun lien, il s’agit encore d’un titre agrémenté de rythmes mitrailleuses aux caresses rouillées, et de parties de guitares déguisées en alarmes.

Le batteur à troqué ses baguettes contre des tractopelles et les guitares sonnent comme des ponceuses géantes. Celles ci sont plus grasses et moins clinquantes, le mur de guitares est percé d’alvéoles, ce qui rend l’écoute plus agréable. Mention spéciale, donc, pour leur utilisation ainsi que les plans ingénieux du batteur qui propulsent une musique froide à quelque chose de très articulé, riche en contrepèteries et en breaks (écoutez ceux du PLPien "Ex Utero" avec un groove admirable).

Sur le plan harmonique, on se retrouve avec de belles surprises sous le bras. Loin des gros clichés statiques, aucune chanson ne se ressemble vraiment tout en gardant une unité sans dériver de leur sonorités fondatrices.

"Tainted Cortex" amuse par ses contretemps rebondissants, et l’on retrouve une émulsion rythmique puisée dans la drum’n’bass et le digicore/punk avec un petit air d’Alec Empire ou Moshpit. On peut même apprécier une réminiscence de Korn, vers la fin du titre, qui n’est pas forcément voulue mais amusante.

Le lourd et martelant "Totalitarize Me" est une bombe, tellement empreinte de riffs basiques mais efficaces, les programmations électroniques et le refrain, en revanche, sont vraiment déroutantes. Celui-ci soulève vraiment le couplet et arrive à le compléter avec une dynamique rarement vue dans leur musique, cette pop sautillante ne nous écrase pas tout en restant brillant au niveau sonore.

"Day Of The Hatred" est alarmante, énorme, on sent un petit côté Punish Yourself, alors que dans les refrains, on est dans une pâte graisseuse à la Soulfly. De plus, elle est un peu plus variée sur le plan vocal, démentielle. Le son de guitare final (ou synthé) est vraiment délectable, sonnant comme passé à travers un tube en PVC.

Certaines ambiances sont particulièrement intrigantes et réussies ("The Great Parade For Monkeys" et ses résonances cristallines qui glacent une hystérie qui peut rappeler les louables débuts de Static X, et le très imagé "Birth", organique et aqueux.

La chanson "Hyber Nation" s’impose comme une composition poignante, et renversante dans un registre cousin aux Nine Inch Nails.

Le titre éponyme rappelle les derniers aboutissements de Killing Joke, avec des rythmes cassés, c’est là ou l’on ressent le plus la prise de risque et la nouvelle position de Dexy_.

"No Tears", cover de Tuxedomoon, arrive vraiment en bonne surprise. Conscient du fait agaçant que ce groupe ne soit applaudi surtout par ses tubes "No Tears" et "In A Manner Of Speaking" (A quand la reprise de "New Machine" ou "Dark Companion" ?), les Dexy_ s’en sortent très bien. Ils ne l’ont pas suivie à la lettre en en faisant un tube industriel pour goth de base, en rajoutant uniquement des grosses guitares. Que nenni, cette track est à l’image corrosive de Dexy_, avec ces fameux contretemps irritants.

La voix scandée s’adapte à merveille avec les breaks inattendus et les changements de cap intéressants au fil de chaque chanson. Ce chant corrosif, aigre, (f)éraillé, contribue à la patte Dexy_ (on pensera à Chris Connely ou Ohgr). Mais l’on peut aussi voir la chose autrement : elle peut paraître, à la longue, un peu monocorde dans son utilisation. Les effets (notamment la saturation cellophanée et le delay) provoquent une déshumanisation de la voix qui ne nuit pas à l’écoute d’une chanson, mais fatigue à l’écoute de l’album. Ils éloignent la voix du chanteur de l’auditeur, mettent une distance, la plongeant dans on ne sait quoi, peut être un baignoire d’acide. Sur le plan vocal, Dexy_ à la capacité d’innover en proposant encore d’autre types de chant.

En dehors des vocaux, on pourrait attendre d’eux un travail sur la progression des morceaux et le travail du vide, de l’aération, opposé à la surcharge massive. Des breaks développés encore plus, des passages purement électroniques, moins anecdotiques, pour quelque chose qui soit par la suite moins "in you face" mais qui aie le don de ménager plus d’effets de surprise, de tensions et de grosses montées.

Outre le concept de l’album (dont je suis passé à côté) et ses connotations stylistiques (Bioshock ?) un peu trop écartées à mon goût de ce que présente la musique, l’écoute de l’album possède le mérite de ne pas nous faire décrocher. En 15 pistes, il est assez compact et court pour faire tourner le Rubik’s Cube sur différentes facettes qui ont toutes leur connexions entre elles, et leur recette commune sans pour autant paraître répétitif, même à la première écoute.

Tout en s’inscrivant dans la tradition de tout ce qui passe pour du Rock/Punk/Metal/Indus, Dexy Corp_ marque un trait de séparation clair avec le reste en imposant un style efficace qui leur est propre, et qui donne envie d’aller les voir sur scène pour partager leurs hymnes.

On apprécie le concept du groupe qui est mis en route depuis un moment : le mélange de pop songs violemment bousculée par des sons parasite et racleurs comme des pelleteuses.

Cet album prends donc la relève en proposant des sons plus dynamiques, plus aérés, plus réfléchi, avec un travail de mixage et mastering remarquable, et forme un ensemble qui permet donc de rendre le massacre de ce rock terroriste accessible. On espère à la fois que le groupe maintienne cette position, tout en apportant de nouvelles influences et prises de risques, comme ils ont commencé à le faire ici.

Les amateurs de "Red Sonic Underwear" de PLP, autant que les fendus de Laibach, Chrome, et Static X y trouveront leur compte, les autres ont juste le risque de se prendre une méchante claque pleine d’huile de vidange. Bravo !

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Label : Black rain
Artiste(s) : Dexy Corp_

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