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Evénements

Empusae - Symbiosis [par Epoque - juillet 2012]

Le Ciel s’était noirci, parsemé de brèches rougeâtres, de longues trainées d’encres surplombaient les têtes des soldats. Les tranchées, comme autant de blessures à la terre meurtrie s’élançaient à perte de vue, dépassant l’horizon, depuis le temps, nul n’aurait pu dire si tout ceci prenait fin quelque part. Bob avait les pieds plein de boue, toute cette salissure l’attristait presque plus que les innombrables cadavres qui jonchaient les hautes-terres. Assis dans un coin sur une vieux tabouret qu’avait laissé un vieux camarade ébéniste avant de partir rejoindre le champ des cygnes, il ruminait, seul.

Pour une fois pourtant, les haut-parleurs qui avaient pour habitude de leur scander des ordres tous plus absurdes les uns que les autres, diffusaient autre chose que l’insupportable voix du Géneral Von Perkut.

"Pine d’huitre ! Que fais-tu là à bailler au corneille ! N’as-tu point d’autres occupations, iras-tu donc laver ta couche ?

Cette douce voix, qui venait de résonner à quelques centimètres des oreilles de Bob, c’était le sergent Surkür, habitué à hurler plutôt qu’à parler normalement, peut-être était-il sourd en réalité.

"Monsieur !"

Bob se leva et regarde son officier dans le blanc des yeux (ou plutôt dans le rouge en l’occurrence). Un court moment de relatif silence s’ensuivit (pour parler de silence il aurait fallut ignorer les échos des bombes qui habitaient l’espace sonore environnant). Puis Bob pris la parole :

"Je me demandais Monsieur…," il sembla hésiter un instant, "Cette musique que l’on entend ? Serait-ce Empusae ?"

Le Sergent attrapa une chaise rouillée, fit signe à son jeune soldat de se rasseoir sur son tabouret et vint se pencher à son coté :

"Moins fort Pine d’Huitre… il ne faut pas trop en parler…"

Bob tendit l’oreille.

"On raconte que notre général, avant l’interminable fin du monde, était un grand aficionados de musiques obscures et que cet album est le dernier disque laser qu’il avait acheté. Il a une grande valeur sentimentale, et lorsqu’il a du baume au coeur, il le passe sur toutes les fréquences, comme un souvenir."
- Mais… pourtant c’est loin d’être le meilleur album d’Empusae n’est-ce pas ?
- Tout à fait Pine d’Huitre, tu n’as pas tort, nous sommes même loin de l’intensité d’un error 404, Metaphorical Loss ou d’un Extra-Muros. Déjà cette album laisse la part belle aux collaborations, et, si tu veux mon avis, Sal ocin n’a besoin de collaborer avec PERSONNE pour faire de magnifiques oeuvres. J’ai toujours pensé que l’ajout d’une voix n’était pas forcément ce qu’il lui fallait, même si, dans ces dernières années, il a semblé perdurer dans cette voie.

Pine d’h.. Bob regarda son officier, plein d’admiration. Le sergent Surkür semblait bien connaitre son sujet, c’était peut-être l’occasion d’en apprendre plus, il le questionna donc :

- Mais il y avait quand même de bonnes choses sur cet album n’est-ce pas ?

- Bien entendu ! tonna l’officier en levant le bras, manquant de renverser sa chaise, la rivière noire par exemple ! l’un des morceaux où l’on retrouve l’essence si particulière du projet, où ces délicates effluves de voix qui rappellent Neupridem et ses extraits de delicatessen nous emportent dans un ballet sans fin… c’est si parfait comme instant.

- Et c’est tout ? c’est là le seul moment qui vous a ému Sergent ?

Le Sergent Surkür pris un moment pour réfléchir, il tendit l’oreille, des extraits de deceivious water leur parvenait. il continua :

- Je dois bien reconnaître que même si j’ai du mal avec la voix, les trames mélodiques du premier morceau, One and the same sont assez bien mises en place. Les rythmiques se fondent avec elles d’ailleurs. Je pense pouvoir dire , sans trop m’avancer que Sal-Ocin était l’un des musiciens qui parvenait le mieux à fondre mélodie et rythmique en une seule entité.

- Tout le début de Dissection of purity est bon aussi non ?

- Tu as raison mon p’tit, il est même profond et répond à ce que l’on est en droit d’attendre d’une ballade industrielle sombre et sale. J’ai particulièrement aimé à l’époque comme tout se mettait en place, on y revient, mais cet artiste brille par son sens des structures, dommage que ce morceau n’évolue pas plus par la suite et reste sur ses bonnes bases sans s’élever plus.

Il s’était mis à pleuvoir légèrement, pas assez pour que les deux hommes daignent se mettre à l’abri, ils continuaient leur écoute, c’était trop rare pour qu’ils n’en perdent une seule miette.

- Empusae, c’était un projet marquant… commença Surkür, je me souviens parfaitement des premiers émois que j’eus avec sa musique, je me souviens de Epiceas, la toute première fois, j’étais tout jeune à l’époque, et là crois-moi, tu n’as pas connu ça, mais c’était quelque chose….

Bob l’incita à continuer du regard.

C’était comme, tirer des notes d’un rêve, ou d’un cauchemar, c’était tellement inspiré… il soupira, je t’assure, rien que d’y repenser je m’y revois, je n’étais même pas majeur, c’était avant la guerre, bien avant, j’écoutais avec passion, je me souviens parfaitement de ses structures. Il fonctionnait souvent de la même manière, une mélodie profonde et triste, puis des élans rythmiques lourds et profonds, qui se développaient sur la longueur, le temps pour l’auditeur d’entrer dans une léthargie, dans une mélancolie difficile, difficile pour l’âme, il était dur d’en sortir, je ne coupais jamais un morceau. Et après, comme une libération, la mélodie revenait, nous portait comme un enfant endormi, nous emmenait à nouveau vers quelque chose évoquant l’espoir, mais un espoir bien maigre.

Bob ne savait pas vraiment quoi répondre, il n’avait pas connu cette époque, même s’il imaginait bien ce dont voulait parler le Sergent.

- je dis aussi que qui n’a connu de nuits avec Extra-Muros ne connait pas Empusae, mais c’est encore une autre histoire…

- Et… Bob hésita, il savait que la conversation allait terminer, que son sergent allait retourner à ses occupations et qu’ils n’auraient peut-être plus jamais l’occasion de parler de ça, Vous avez entendu parler de cette album en collaboration avec Serial Industrie ?..

- Oh… et bien, je ne pense pas pouvoir répondre à cette question, il y a comme une distorsion du temps à ce niveau, j’ignore si cet album a réellement existé ou non, en tout cas si tu as la chance de trouver les anciens disques de Sal-Ocin avant de mourir, je t’invite fortement à les écouter, cela pourrait faire naître quelque chose en toi.

Bob vit le Sergent partir, il observa son dos un moment puis regarda au dessus de lui. Le Ciel s’était noirci, parsemé de brèches rougeâtres, de longues trainées d’encres surplombaient les têtes des soldats. Les tranchées, comme autant de blessures à la terre meurtrie s’élançaient à perte de vue, dépassant l’horizon, depuis le temps, nul n’aurait pu dire si tout ceci prenait fin quelque part.