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Evénements

ESA - How Pure Would Your Utopia Be ? [par Freak Show Factor - avril 2008]

L’agenda des soirées de Londres épluché, je pose mon dévolu sur un club techno à Brixton. Un peu de jonglage entre les services urbains de la ville, et je m’immisce dans cet antre de la débauche. L’espace est immense mais surpeuplé. La chaleur insoutenable. Tandis que j’essuie la buée des verres de mes binoculaires, les vendeurs à la criée percent le son pourtant énorme.

« Beignets aux pommes ! Boissons fraîches ! Ils sont bons mes beignets ! »

Ça me donne envie, mais j’ai une forte suspicion quant à la fraîcheur du produit. Vu que tout le monde a l’air de se goinfrer, je me laisse tenter. M’en vais faire le tour du propriétaire tout en trottinant sur le beat. Quelques minutes plus tard, ce que je craignais arriva. Estomac en vrac, j’vais faire un tour aux gentlemen’s.

Décollement de la rétine, fracture des yeux, déchirement du tractus optique. Des néons de 500 W qui me flashent le cerveau. Je me rafraîchis la tronche tout en hallucinant sur celles de mes voisins que la lumière outrageuse j’ose espérer amplifie. Quand je me retourne, la vision horrifique d’un visage difforme me fait sursauter. Le mien en l’occurrence. On m’avait pourtant prévenu que les beignets anglais, ça n’avait rien à voir avec ceux qu’on connaît en France.

Je retourne vite fait sur le dancefloor en essayant d’oublier cette apparition cauchemardesque. Le premier dj, qui mixait un peu trop violemment pour un début de soirée à mon goût, a laissé place à celui dont on m’a tant parlé. J’oublie mes maux de ventre tandis que des picotements plutôt agréables se font sentir dans mes jambes. Bientôt je danse au-dessus du sol comme sur un tapis de nuages.

Tout à l’heure, je me trémoussais comme on est censé le faire en ces lieux, plus par conditionnement que par envie. Là, mon corps ne répond à aucun signal électrique venant de mon cerveau. Car le cerveau lui-même est contrôlé par une puissance extérieure. Qu’à de rares moments je prends conscience des mouvements spectaculaires, ridicules et surtout contre-nature que mon corps s’autorise. Je me console rapidement en épiant alentour. Des centaines de personnes connectées à la même source, et pourtant, des centaines de façons qu’ont leurs corps de réagir. Toutes aussi spectaculaires, ridicules, et surtout, contre-nature. Une fois rassuré, je lâche la bride à mon cerveau et abandonne tout contrôle.

Il bloque sur le kick, puis sur les petits sons répétitifs, il surfe sur les différentes vagues de fréquences que lui envoient les murs d’enceintes. En réalité le dj, qui scrute son public, un potard dans une main, un beignet aux pommes dans l’autre. Jamais plus d’un potard à la fois. On peut pas en dire autant des beignets. Et il commence à tourner ce putain de potard. Je n’arrive pas à distinguer l’effet que ça génère sur le son, mais je réalise celui qu’il produit sur mon corps, pris de spasmes incontrôlés, cette montée de sève me donne envie d’hurler mais je me contrôle encore. Immanquablement, je finis par exulter et tout le monde jouit en même temps.

« COME ON !!!!!!! »

« FAIS PETER !!!! »

« Ah un frenchie. T’as vu, les beignets aux pommes ici ! C’est pas les même hein ! »

Je ne pouvais qu’hocher de la tête en signe de réponse, complètement possédé. Je me vautre dans la promiscuité et la moiteur torride qui m’insupportait tout à l’heure. L’atmosphère saturée de phéromones attise une incroyable tension tantrique. Tous les cerveaux semblent être connectés pour ne faire qu’un. Tous les corps forment les tentacules d’un même animal chimérique qui brasse l’air pour capter un plancton invisible.

Quatre heures et quelques orgasmes plus tard, mes pieds retrouvent le sol et la dure loi de Newton. Les batteries sont HS, les cerveaux se déconnectent, pas totalement sortis de cette expérience d’hypnose collective. Le mode automatique est enclenché pour se mouvoir jusqu’à la sortie.

Les éboueurs s’activent tandis que le soleil se lève. Je croise un vieux, hagard, qui promène son chien. Je le compare à tous les zombies qui rejoignent leur tanière avant que le soleil les rende totalement aveugles. Et ces putains de vérités qui ne peuvent s’empêcher de vous sauter au visage sur le chemin du retour. On aura tous un chien un jour, qui nous promènera au gré de sa truffe. Je rentre dans un appart qui paraît froid et glauque, et tente en vain d’étancher une soif insatiable. Je me couche enfin, les yeux qui ne se résignent pas à se fermer, hantés par un vieux et son chien.

Postface

Des dizaines d’écoutes de cet album d ?ESA, et je ne comprenais toujours pas pourquoi j’aimais tant cette techno industrielle sans prétention. A chaque écoute, toujours le même constat : aucune fioriture, rien de superflu, jamais de démonstration technique. Une seule logique, un objectif unique : faut que ça pète ; et pourtant, aucun aspect objectif ne vient donner une plus-value technique à ce qui se fait dans le genre.

Et puis j’écoutais ce track qui clôture l’album dans la voiture l’autre nuit, sur une route déserte. Ça m’a immanquablement fait penser à ce fameux léger spleen. Et j’ai compris que la musique d’Electronic Substance Abuse n’était rien d’autre qu’un énorme trip pouvant se substituer avantageusement à l’alchimie du beignet aux pommes liée au feeling d’un dj tel Chris Liberator.

URL : http://www.hiverecords.com/
Label : Hive
Artiste(s) : ESA

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