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LAIBACH - "IRON SKY : THE ORIGINAL SOUNDTRACK" [par Janet Vice - juin 2012]

3… 2… 1… Embarquement immédiat pour la face cachée de la Lune. Nous n’aimons pas voyager seuls et ça tombe bien, car ce sont les membres de Laibach qui sont aux commandes du vaisseau. D’ores et déjà, l’épopée s’annonce formidable. IRON SKY, de ce que j’en sais à l’écoute de la B.O, est un film de science fiction dans lequel des survivants nazis auraient fui la Terre après la Seconde Guerre Mondiale pour s’installer sur la face cachée de la Lune. Ils y préparent des années durant leur revanche, s’armant et galvanisant leur population dans le but de reconquérir la Terre et imposer le IVème Reich. Je ne pourrai malheureusement pas en dire plus sur le film puisque je ne l’ai pas vu (d’ailleurs, si quelqu’un a des infos sur une éventuelle sortie dans les salles françaises, je suis preneuse !). La B.O de ce film est essentiellement composée par Laibach, éminent et sulfureux groupe de métal-industriel dont le talent fait preuve depuis la fin des années 80. Il s’agit de la toute première bande originale que compose Laibach depuis le début de sa carrière. Difficile de voir l’association de ce groupe-là, Laibach, à ce film-là, traitant d’une colonie néo-nazie expatriée sur la Lune, comme étant le fruit du hasard. En effet, si le caractère inédit du projet constitue en soi un attrait incontestable pour le groupe, nous pouvons légitimement nous demander s’il ne faut pas y voir aussi, de leur part, une façon de se jouer de la controverse qui rôde depuis des années autours de leur imagerie totalitaire. Il est évident que les influences martiales de la musique de Laibach, ainsi que les uniformes qu’ils arborent, collent tout à fait à l’esthétique et au propos du film. Mais avant de nous égarer en nous posant les mauvaises questions, à chercher le pourquoi du comment à grands renforts d’analyses de comptoir et à coups de poings Godwin, intéressons-nous à ce qui compte vraiment ici : la musique.

Je n’irai pas par quatre chemins, cette B.O est très réussie. On retrouve sans équivoque l’empreinte de Laibach dans l’intégralité de l’album, alors que les influences musicales explosent littéralement. Les morceaux sont principalement inspirés de chants et orchestres militaires, d’orchestres symphoniques, de musiques de comédies musicales, de films d’actions et de science-fictions typiquement hollywoodiens. On y trouve aussi des guitares surf-hawaiennes (dans "Take me to Heaven", l’alien musical de cette B.O), du hip-hop ("Peace lovin’ Brother Rap" et "The Moon Nazis are coming" qui mêlent sonorités rap et lourdeurs industrielles) et même des plages électro-planantes qui rappellent Tangerine Dream ("Renate’s Surprise"), de l’electro plus énervée ("B-Mashina", "Fight between Washington and Dr Richter"), du blues ("A Good War Blues"), et j’en passe. L’influence de Wagner est prédominante sur de nombreux morceaux. Cela n’a rien d’étonnant quand on sait qu’Hitler, dans son amour dévastateur pour le grandiose, était un grand fan du compositeur. Cela n’a rien d’étonnant non plus quand on sait que l’oeuvre de Laibach tire parfois son inspiration directement de la musique classique (leur album "Macbeth" étant le meilleur exemple). Dans "Vivian’s Untergang" et "Ready to Face the Music", le thème principal de "La Chevauchée des Walkyries" de Wagner est repris et réinterprété dans des arrangements martiaux qui donnent au morceau une contemporeinéité concordant avec la diégèse du film. Les morceaux sont très expressifs, tant est si bien que l’intensité dramatique des scènes, qu’elles soient d’action, d’émotion ou de suspense, transparaît à l’écoute seule du disque. Fort heureusement que mon ignorance de l’allemand et que mon bas niveau en anglais me permettent de l’écouter en boucle sans me spoiler le film complètement !

On sent à l’écoute de l’album que la musique a une place très importante au coeur du film. Les morceaux sont en effet très denses et le disque assez long (40 pistes, et presque 1h30 de musique au total). L’alternance de morceaux "tubesques" (c’est-à-dire se rapprochant du format radio avec au moins un chanteur et une structure type couplet/refrain) et de musiques d’accompagnement, plus symphoniques et instrumentales, constitue un bon équilibre et rend la B.O accessible à l’écoute malgré sa longueur et sa densité. Certains morceaux se détachent clairement des autres, comme "Take me to Heaven" qui, juste après le martial et tonitruant (mais non moins excellent) "B-Mashina", place Iron Sky dans la catégorie des films de comédie, tant le décalage semble énorme entre la naïveté, la chaleur des ukulélés, et l’intrigue du film. "B-Mashina" est véritablement le tube de cet album, d’une efficacité brute et redoutable comme Laibach sait le faire. Composé originellement pour leur album WAT sorti en 2003 (dont le titre faisait déjà l’ouverture), "B-Mashina" fait ici l’objet d’une reprise très proche de l’originale, prétexte surtout à une meilleure production. On y redécouvre la voix de Milan Fras, chanteur du groupe, dans un traitement encore plus rauque qu’à l’époque. Les phases instrumentales ont fait l’objet d’un remaniement plus symphonique, mais l’essence du morceau est la même. Le plus surprenant finalement, est que "B-Mashina" n’ait pas été composé pour le film. Aujourd’hui, leur complémentarité paraît évidente. Si la musique tient une place toute particulière au sein du film, le caractère cinématographique du projet Iron Sky déteint aussi sur sa musicalité à travers l’insertion de nombreux extraits de dialogues qui ponctuent le disque. Ce parti-pris n’est pas sans rappeler la surf-music de Messer Chups qui, dans un style radicalement différent, rend hommage aux films de série Z des années 50 en samplant des extraits d’Edgar Wood, Betty Page, Bela Lugosi, et autres héros de la Hammer et du Cinéma Bis. Il en ressort d’une part l’impression que Laibach a samplé des extraits de séries Z pour illustrer son album (c’est-à-dire la démarche inverse de celle initiale qui consiste en ce que ce soit la musique qui accompagne les images, et non l’inverse), d’autre part qu’Iron Sky doit être un chouette hommage au Sci Fi des années 50, doublé d’une photographie que j’imagine à la croisée du steampunk, du post-apo (là, on jubile) et du militarisme néo-nazi (là, on enfile le costume qui nous arme de recul et du second degré).

J’ai comme la vague impression que ce film saura contenter les passionnés du genre. Le genre "comédie SF parodique à gros budget et toutefois non-américaine (mais finlandaise, ce qui sonne tout de suite plus underground)". Il faut dire que le synopsis est déjà très séduisant… Enfin, ne jugeons pas du film avant de l’avoir vu. En attendant la sortie d’IRON SKY dans les salles, contentons nous déjà de cette délicieuse bande originale qui, rien que pour elle-même, vaut la peine qu’on s’y intéresse.

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