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Marc Behrens - Queendom Maybe Rise [par e.Mission - avril 2013]

Label : Crònica / 076 Format : CD / format digital Date de sortie : Mars 2013

Tracklist : Maybe rise - 41:35 Queendom (feat. Yôko Higashi) - 08:07

J’aperçois bientôt le ciel vomir la pluie, entre deux sifflements écrasants et sourds. Où suis-je encore ? Le ventre imposant d’un avion me répond à son passage : un terrain vague près d’une grille, au bout d’une piste bitumée. Un aéroport. Et cette douleur terrible qui prend au visage alors que le gravier me parcourt l’épine dorsale comme des centaines d’aiguilles. Je ne sens déjà plus mes jambes, et l’eau qui martèle ma bouche s’accompagne bientôt du goût férugineux du sang.

Je ne me souviens de rien.

Le sol chaud et poreux laisse s’évaporer des silhouettes qui dansent aléatoirement pour bientôt se confondre avec le plafond nocturne dans une masse violacée. Parmi celles-ci se détache une forme sombre qui semble être une personne. Une femme. Elle s’approche alors que le bruissement des alentours laisse place doucement au chant d’oiseaux inconnus ; la belle joint les mains sur ses genoux avant de s’accroupir légèrement vers le sol. Elle m’observe patiemment comme un enfant le ferait face au cadavre d’un oiseau, puis se lance :

« Je t’ai attendu bien longtemps mon ami. J’ai failli perdre la tête pour avoir défendu la fille d’un roi, il semble que tu as failli perdre la vie pour avoir défendu ton honneur. Nous ne sommes pas si différents après tout, si j’écarte tes erreurs de jugement. »

Elle se met à rire. Elle rit, cette garce. Puis reprend :

« Nous devons toujours combattre un monstre invisible, il dort dans l’âme de chaque homme et n’attend que de s’éveiller pour lui siffler le doute et le dégoût... Mais ça, tu dois déjà l’avoir appris pour que je te trouve dans un état pareil. Regarde-toi.

Tu sais, l’homme possède cette pulsion de violence en lui par essence, il est comme ça. Il a appris à dominer ses semblables par la punition et le châtiment, parce qu’il est paranoïaque, craintif et haineux. N’était-il donc pas naturel qu’il fasse un dieu à son image, qu’il forge les mythes fondateurs de sa culture dans un bain de souffrance cyclique, puisqu’il n’y a que cela qu’il comprenne pour évoluer parmi les siens ?

Quel bon Dieu aimant son sujet voudrait l’élever en le punissant dans la douleur ? Laisse-moi te dire : Dieu est mauvais parce que l’homme est mauvais, sublimé dans l’enveloppe d’un protecteur pour soumettre ses enfants et aimer ses ennemis, nous lui accordons ces travers. L’individu s’accroche à son fantasme car il n’admet pas son inexistence face à l’Univers, son statut d’être fini et périssable. C’est une blessure insupportable pour son amour-propre.

Voilà pourquoi Dieu n’est pas là quand tu as besoin de lui. À vrai dire il ne t’a pas abandonné, il ne t’a même jamais reconnu, puisque personne ici n’a de réponse à te fournir sur la légitimité de ton existence. Tu devras le découvrir seul.

Si tu peux survivre à la solitude, à l’acceptation de l’ennui, au savoir de l’éphémère de ton être, alors enfin tu pourras survivre à tout. Et enfin tu seras immortel à ta façon, et tu te satisferas d’être dorénavant plus que le fruit d’une simple probabilité mathématique puisque tu connaîtras l’essence même du bonheur. Voici la béquille de tes jours prochains. Viens avec moi à présent si tu peux te lever... ouch tu pèses lourd dis-donc ! »

Le temps s’était soudainement figé alors qu’elle levait la main pour me hisser du sol, et nous nous baladions bientôt librement entre les éléments flottants. Est-ce une illusion ? Je suis prêt à y adhérer, à croire que nous puissions nous soustraire au monde l’espace d’un instant, mais les flammes immobiles des réverbères continuent de baigner mon visage d’une chaleur douce, l’air sentait encore le pollen de cyprès et le goudron moite. Quelque chose ne colle pas là-dedans.

« Qui es-tu ? demandai-je.
- On me donne plusieurs noms : Georges, Ashur, Marduk… on m’a déjà sacré Saint une fois, t’étais pas né… aujourd’hui je suis Toi. Maintenant remue-toi un peu. J’ai une requête à te soumettre mais on en parlera en chemin. Nous sommes déjà en retard. »

Des cheveux humides mi-longs lui collaient au front. Ils avaient une odeur étrange, mêlée d’un parfum bon marché et de plastique, et je remarquai à son bras nonchalant un sac d’où dépassait ce qui semble être un revolver. Sa veste en cuir gris laisse également découvrir une chemise mal boutonnée. Elle était belle mais dégageait une aura effrayante. Alors c’est à ça que les divinités ressemblent ?

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