
Du bruit pour se faire entendre …
C’était en juillet 2010, à la mine de Hussigny-Godbrange avec l’aide des mineurs de l’association d’histoire industrielle. "Muckrackers : Live @ la mine" immortalise l’évènement en 9 titres enregistrés au fond avec en bonus le clip de Werkstatt live. Ce CDr édité à 50 exemplaires, au-delà du média flatteur, restitue avant tout la synthèse du combat mené par le duo des encagoulés lorrains Cutman et DJ Negative : hurler à la face du monde la tragédie sociale subie par la population ouvrière du nord de la Lorraine, … celle du Val de Fensch en particulier.
L’actualité à Florange donne une fois de plus raison au propos des Muckrackers. C’est à la fois l’expression d’une désespérance collective face à l’inexorable logique d’un laminoir à maximiser les profits, mais aussi celle d’une sincère gratitude à l’égard des mineurs, des sidérurgistes et de cette indéniable noblesse à exercer ces métiers.
Une fierté exprimée en ouverture avec la reprise de la chanson des mineurs de Trieux, en hommage à leur combat, en guise de chant des partisans sur front social. Dès le second titre « Chanson de la forge », une déferlante d’oxyde de fer vient s’abattre sur nous, une coulée de fonte dont la pesante rythmique s’inscrit à la perfection dans un Noise Indus interprété au pied de la lettre. L’ensemble est cohérent et sincère. Nul besoin d’être « vacciné » à l’indus pour en apprécier les contours, les reliefs, et les textures.
« Ça va ? On va vous niquer les oreilles » Entend-on en ouverture de « Korporation 23 » et de « Werkstatt », et c’est bien le seul tribut à payer pour prendre part à cette grand-messe païenne qui, sans discontinuer jusqu’à « Blast Furnace Valley », va nous malmener de son âpre rugosité, à l’image du matériau brut que des générations de mineurs ont extrait des entrailles de la terre.
A l’écouter, cet album me laisse quand même la douloureuse impression d’avoir loupé quelque chose d’important et de ne pouvoir profiter ici, que d’une cession de rattrapage. Me voilà maintenant prévenu, d’autant plus qu’en tant que fils de mineur j’aurais du savoir que ceux qui luttent sont ceux qui vivent.