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Normotone Inward Structure [par le chiffre - septembre 2011]

MessagePosté le : 16 Sep 2011 22:0 Sujet du message : Chronique NORMOTONE by chiffrou Répondre en citant Editer/Supprimer ce message Supprimer ce message Voir l’adresse IP de l’utilisateur Normotone – Inward Structure http://tympanikaudio.com/

J’ai tout d’abord effectué quelques recherches, puis je suis tombé sur cette chronique :

http://www.chroniqueselectroniques....

Je l’ai trouvée tellement bien rédigée, construite, et corroborant mes propres avis, que je ne me suis pas senti suffisamment apte à faire mieux ou différent.

De plus, ce qui est assez rare, j’ai profité de trajets en TGV pour écouter à trois reprises dans la même semaine l’album du début jusqu’à la fin, sans césure. Impossible de séparer les morceaux les uns des autres, pourtant si différents.

C’est alors que la narration m’est venue, sans doute inconsciemment. J’ai donc repris les thèmes de chaque titre, dans l’ordre et ai tenté d’y faire correspondre une histoire, et de donner goût à la musique en y distillant la filmogénie qu’elle porte en elle.

Il est déjà plus de 2 heures du matin quand Ron se réveille pour la troisième fois durant cette nuit de pleine lune. Est-ce l’effet du satellite ou bien celui du cabernet blanc que son fournisseur lui a fait prendre contre son gré, après son repas d’affaire au Hyatt de Seattle, toujours est-il qu’il lui est impossible de trouver le sommeil. Ces quelques mots retrouvés griffonnés de la main de sa défunte compagne, Heidi, retrouvée dans ce veston qu’il n’avait plus porté depuis si longtemps, ne doivent certainement pas être étrangers à l’insomnie.

Elle lui avait littéralement fait défection, à l’aéroport de Talinn, après un séjour dans ce qui aurait dû être sa belle-famille estonienne. Sans raison sur le moment, elle lui avait révélé qu’elle ne le suivrait pas de nouveau à New York. Le ciel nuageux qui planait au-dessus de la belle capitale baltique aurait dû être un présage à cette déchirure.

S’enfonçant peu à peu dans la déraison et l’addiction au travail, il lui arrivait de s’enfermer en pleine journée dans son bureau de Manhattan et de rentrer en transe auto-hypnotique afin de s’épargner les affres de la mélancolie. Personne ne le savait, sauf son thérapeute, celui à qui il se confiait depuis son adolescence, retraité depuis 10 ans, mais qui l’avait conservé toutefois comme patient. Il lui racontait ce qu’il appelait ses « rêves diurnes » et les méandres psychédéliques dans lesquels il se laissait volontairement entraîner, afin d’éviter ce que tous deux convenaient d’appeler une « rechute ». On pouvait détecter une forte connivence entre ces deux partenaires, au point qu’il devenait, à la longue, difficile de détecter qui était le patient, et qui était le médecin.

Le temps passant, engoncé dans sa posture victimisante, Ron s’éloignait de ses proches : parents, amis d’enfances et n’avait plus vraiment d’autre confident. A ses contacts fortuits, ses flirts d’un soir, rencontrés notamment à l’occasion de vernissages d’artistes tendance dans le Queens ou à Brooklyn, il pratiquait l’autodérision en proclamant que « l’isolement, c’est ma plus belle réussite ». Mais force était de constater que ce cynisme, même infligé à soi-même, n’était que diversement apprécié.

Jusqu’à ce que, une coupe de champagne d’Epernay à la main, il tombe sur Heidi, ineffable beauté respirant l’Europe et l’indépendance, qui lui rétorque, droit dans ses yeux verts, un samedi soir d’automne 1991 : « ma plus belle réussite sera de t’en faire sortir », tout en faisant tinter le cristal de Bohème, sonnant une note en parfait désaccord avec la tonalité du titre de David Bowie jouée par le DJ auquel personne, jusqu’alors, ne portait attention, coincé dans le petit coin que le galeriste lui avait généreusement octroyé, en plus de ses 150 dollars de cachet.

A l’écoute de cette symphonie discordante, les regards de Ron, Heidi et du DJ se croisèrent inexorablement, et ces trois cœurs se mirent à battre à l’unison. Sans doute l’artificialité du lieu, de l’occasion et celle même des propos tenus y avait-elle communément contribué. Mais peu importe, à cet instant précis, les deux trentenaires blasés étaient liés l’un à l’autre, tout cela grâce à quelques centaines de hertz soufflés par un chaperon aussi inattendu que de bon aloi.

Ron n’aurait pas rêvé meilleure amorce. Juste avec leurs regards respectifs, les deux amants qui s’ignorent encore dialoguent de manière exaltée. La musique se fait de plus en plus rythmique ce qui règle la cadence de la joute amoureuse qui s’opère en toute complexité. Les armures se fendent au martèlement de la tension qui exhale de deux êtres. Au détour de leur conversation futile, Heidi se retourne et laisse apparaître son dos nu, échancré de son fuseau rouge sang, et, en s’éloignant de lui, déclenche sa propre aspiration. Les formes rectangulaires des toiles devenues sans réel intérêt, s’arrondissent, et les autres invités s’éclipsent les uns les autres. Ron suit Heidi, qui a emprunté le monte-charge. Il prend les escaliers, et la retrouve sur le trottoir. Il arrête un taxi, lui tient la porte, et sans véritablement le comprendre ni le vouloir, s’y engouffre à son tour, indique sa propre adresse dans le Upper East Side au chauffeur, et embrasse à plein cœur Heidi, dont il ne sait pourtant presque rien.

S’ensuivra une nuit d’amour torride qui leur semble interminable et comme une nouvelle première fois pour chacun. Ron se plaît à caresser cette peau blanche comme le lait, éclairée par le néon jaune du restaurant chinois installé juste en face de sa fenêtre.

Quelques mois plus tard, alors que l’hiver se termine et que la glace disparaît du paysage, les deux amoureux solitaires anticipent l’arrivée du printemps en se donnant l’un à l’autre. Mais leur passion fait aussi des ravages. Les différences culturelles ne contribuent pas à les amoindrir. Et là où le langage est censé aider à la compréhension mutuelle, il envenime des situations pourtant si anodines qu’en d’autres circonstances elles n’auraient pas donné lieu à leurs itératives remontrances réciproques. Les deux sont désespérés et, finalement, se claquemurent dans leur silence respectif.

Alors ce qui a été commencé doit se terminer. Un voyage pour présenter Ron aux parents de Heidi, des germanophones ayant réussi à demeurer dans leur pays au prix d’une russification et d’une soviétisation forcée, et dont il demeure de nombreux stigmates. Ce qui se transforme alors en véritable pugilat et entraîne de plus belle les deux êtres dans l’aversion réciproque, et fait d’amants complices, des ennemis déparés, comme les cavaliers les plus habiles produisent l’apocalypse la plus totale.

Ron repartira seul, puis apprendra le suicide d’Heidi par défenestration, dans un accès de rage autodestructrice.

Il est maintenant cinq heures du matin. Il ne reste qu’une heure de sommeil à Ron. Il n’a pas cessé de tenir entre ses doigts ces quelques mots de Heidi : « reconstruis-toi ».

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