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OPERATION OF THE SUN - Désir Parabolique [par Janet Vice - février 2012]

J’ai découvert la musique d’Antoine Aurèche il y a maintenant deux ans, lors d’un concert de son autre projet, TAT, dans les caves d’un bar underground à Paris. J’ai été bouleversée par sa présence sur scène, son jeu de guitare, la noirceur de ses paroles et de sa voix. Je suis donc retournée le voir en concert dès que possible, et c’est à l’occasion de l’une de ses prestations scéniques, que je l’ai entendu parler de son autre projet musical "électro-putassier", comme il s’est lui-même amusé à le qualifier, du nom d’Operation Of The Sun. C’est du dernier album de ce projet-ci dont je vais vous parler aujourd’hui : Désir Parabolique.

Ce qui frappe à la première écoute, c’est l’intention d’efficacité dans l’instrumentation des morceaux. Les beats sont simples et binaires, l’influence techno, omniprésente, les mélodies des synthés, simples et entêtantes, et le tout, bien qu’assez sombre, est très dansant. Operation Of The Sun s’éloigne du cadre intimiste et acoustique de TAT pour faire shaker nos booties à la lumière des stroboscopes, cela ne fait aucun doute. Et c’est avec beaucoup d’humour et d’inspiration qu’Operation Of The Sun y parvient. L’influence baroque est très sensible dans cet album, notamment à travers le choix d’instruments de musique comme l’orgue et le clavecin (dans "Lai de Lionne", "The Gay Science"). Désir Parabolique est comme un imbroglio, un patchwork musical mêlant frénétiquement compositions et textes classiques (Jean Sébastien Bach, Carmina Burana), textes philosophiques (extraits de Nietzsche), musique techno, chants liturgiques (traitement de la voix sur "The Gay Science"), guitares électriques, new wave (l’excellent "Uchronia X" en duo avec Desireless, sur lequel nous reviendrons plus tard) et même quelques élans breakcore (sur le remix de "Helicopter"). Désir Parabolique serait-il le résultat d’un renouveau baroque (d’un "néo-baroque musical" ?) par la diversité, l’abondance et la générosité des éléments qui le constitue ?

Operation Of The Sun a attisé une jolie flamme, mais n’atteindra malheureusement pas le Soleil à cause de l’inégalité de ses morceaux. Quand certains vous restent en mémoire des semaines durant, d’autres passent totalement inaperçus à cause de mélodies un peu fades et/ou trop répétitives. D’autant qu’un tiers de l’album est constitué de remix… ce que je ne vais pas déplorer (ou rien qu’un peu) pour une fois, car une des grandes réussites de cet opus est le remix de "Helicopter" par Alienhearts. Cette intrusion breakcore et les cris à la Igorrr viennent progressivement renverser, déstructurer le morceau. Curieusement, les paroles ressortent davantage sur cette version-ci que sur l’originale, et une dimension mélancolique, qui n’existait pas avant, ressort des craquements de vinyle et de la douceur naïve de la mélodie au piano. Tout ceci est évidement démantelé par le mix breakcore, et les envolées de guitare électriques prennent une nouvelle dimension.

"Lai de Lionne" a aussi fortement attiré mon attention, peut-être parce que c’est le titre dans lequel on retrouve le plus de TAT. L’introduction à l’orgue et la mélopée au clavecin tranchent avec le beat électronique, lourd et martial, ainsi qu’avec les synthés aux échos dark-nineties. Le texte, en français, est lu solennellement par une voix grave et profonde, celle de Greta Gratos qui colle somptueusement avec l’univers d’Operation Of The Sun, et rend ainsi un bel hommage au surréalisme-fantastique des paroles. Vous n’entendrez pas deux fois dans votre vie une voix si lugubre énoncer avec tant d’aplomb "Je suis Reine des Fées" sans que cela ne vous déconcerte le moins du monde. Encore un clin d’œil complice d’Antoine à ses auditeurs. Enfin, je ne pouvais continuer sans évoquer "Uchronia X", le véritable tube de cet album, en duo avec Desireless. Ce titre est une belle dédicace aux années 80. Déjà, parce qu’on ne peut ignorer le choix de ce featuring, Desireless herself, l’emblème new-wave et capillaire de la France des années 80. Ensuite, parce que le traitement de sa voix, avec cette petite réverb’ caractéristique, fait fortement penser aux arrangements de l’époque, sans parler des synthés et de la batterie électronique (la rythmique "speed-disco" sur "With you, all obscurity shall fly away front me" est jubilatoire). On s’attendrait presque à ce que le morceau finisse en "fade out" comme c’était d’usage en ce temps-là, mais heureusement on nous dispense de cet affront et le titre s’achève même joliment, tout en délicatesse, ne laissant derrière lui que l’écho voluptueux et nostalgique de la voix de Claudie.

Beaucoup d’autres surprises occupent ce Désir Parabolique : un visuel soigné et d’autres petites "énigmes" dispersées ça-et-là. "Le sérieux, ce symptôme évident d’une mauvaise digestion" écrivait Nietzsche que je cite à mon tour, comme clé de voute de cet état d’esprit auquel Operation of The Sun semble tenir : la légèreté et l’auto-dérision. Le tout fusionnant avec l’inspiration démesurée et le savoir-faire d’Antoine et ses acolytes, pour nous faire croire encore, "Ars Similus Casus", que "l’Art ressemble au hasard"… Un hasard qui fait bien les choses.

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