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Throbbing Gristle - Industrial Music for Industrial People [par :p:d - janvier 2008]

Qu’ils soient fondés ou non, c’est sur des à priori négatifs que j’ai abordé Industrial Music for Industrial People ; en redoutant notamment n’y trouver qu’une redite du livre de Simon Ford, Wreckers of Civilization, analyse pointue de l’élaboration de ce registre (a)musical qu’est la musique industrielle, des expérimentations extrêmes de COUM TRANSMISSIONS au terrorisme sonore de THROBBING GRISTLE. Mais là où cet ouvrage de référence s’arrêtait sur une mission terminée, celui d’Eric Duboys prolonge l’étude en se plongeant dans la psyché illuminée des quatre protagonistes de ce micromouvement, au travers de leurs travaux post-TG : PSYCHIC TV, COIL, C.T.I. Soit une approche inédite, si l’on fait abstraction des nombreuses publications de (ou sur) Genesis P-Orridge et du fort complet England’s Hidden Reverse de Dave Keenan qui passait à la loupe l’influence majeure de la triade COIL / CURRENT 93 / NURSE WITH WOUND sur la scène underground. Voilà donc un panorama qui s’annonce complet et, espère-t-on, exhaustif.

Il n’en demeure pas moins que nombre d’auto- ou biographies musicales se bornent malheureusement trop souvent à un catalogue discographique à la chronologie studieuse et dont les commentaires sans relief appesantissent la lecture. Il y a, bien sûr, quelques exceptions telles que England’s Dreaming de Jon Savage qui, outre une mise en contexte savante de la genèse du mouvement punk, dresse en toute impartialité le profil des principaux acteurs mais aussi des agitateurs de l’ombre ; Rip It Up & Start Again où Simon Reynolds en donne un complément ultra-fourni sur la suite des opérations, à savoir le post-punk et ce avec une plume digne des chroniqueurs de cette époque ; Lumières et Ténèbres du sordide sentimentaliste Jean-Pierre Turmel dont les analyses crypto-philosophiques peuvent parfois paraître hermétiques mais sont au final toujours captivantes et convaincantes ; Freak Unique de Pete Burns, transpirant d’honnêteté et fort instructif à plus d’un titre, sans compter sur un humour décapant ; Contes & Légendes de Ma Vie Privée par Marie Laforêt, fort phantasmapoétique et haut en couleurs ; Misery & Purity d’un certain Robert dont l’interprétation de la vie et de l’oeuvre de DEATH IN JUNE s’apparente à une romance empreinte d’effluves ésotériques ; les études de Nico ne peuvent que donner lieu à des pages inspirées (Serge Féray, James Young, J.M. Quilichini). IMFIP échappe-t-il à un austère étalage d’informations guère passionnantes pour un public averti ou transcende-t-il au contraire le discours du fan transi d’admiration ?

Voilà à peu près dans quel état d’esprit j’entame la lecture d’IMFIP, paré pour une nuit blanche dans un aéroport, en espérant être tenu éveillé jusqu’au check-in au petit matin. Le premier choc arrive dès l’introduction, en quinzième page où l’auteur juge que « le seul élément musical majeur, aussi bien le seul événement tout court, apparu dans l’Angleterre déjà conservatrice des années soixante-dix, a été l’irruption aussi imprévue que libératrice du mouvement punk. » Euh… d’une c’est exclure le glam-rock sans lequel la plupart des ‘closet’ clones de Bowie n’auraient jamais pu ne serait-ce que rêver de l’exubérance punk et, accessoirement, le parti conservateur a échoué aux élections de 1974 et devra patienter encore cinq ans avant de passer au pouvoir.

Ce type de commentaire ‘judgemental’ (désolé, mais j’aime bien l’anglais) donne le ton et reprend de plus belle quelques lignes après en comparant PINK FLOYD, YES ou KING CRIMSON à des groupes de dinosaures sur le déclin, des « institutions », des « quadragénaires bedonnants s’imaginant être des dieux vivants » et capricieux pour lesquels un « public fadasse déboursait des sommes faramineuses afin d’assister à leur parade triste dans des stades bondés. » Sans pinailler sur la taille des salles dans lesquelles se produisaient ces groupes (nous ne sommes pas encore dans les années quatre-vingt) ni sur l’âge de ces musiciens (qu’il faut toutefois rabaisser d’une décade, du moins dans les années soixante-dix), c’est oublier là les expérimentations avant-gardistes de ces formations en leur temps et les liens avec la firme graphique Hipgnosis qui compte un certain Peter Christopherson parmi ses employés (aussi alimentaire qu’ait pu être la tâche).

Omettre de replacer les choses dans leur contexte serait donc le premier reproche adressé à IMFIP, tout comme le fait de ne se baser que sur les parutions digitales des disques évoqués, à quelques exceptions près (et pas toujours heureuses : on y apprend, entre autres choses, que « lost rivers of london » n’était à l’origine disponible que sur la version vinyle de A Thousand Lights in a Darkened Room par BLACK LIGHT DISTRICT ; or il eût peut-être été pertinent de signaler que ladite version est instrumentale, la version définitive, ou du moins vocale, figurant quant à elle sur la compilation de soutien du magazine Ptolemaic Terrascope, le 2xCD Succour). Je trouve ainsi regrettable que la plupart des critiques de disques qui ponctuent IMFIP se basent sur les pressages CD (surtout quand il s’agit des lamentables et ineptes rééditions Cleopatra ou des semi-pirates Dossier pour PSYCHIC TV !!!), là où la plupart des traces discographiques des groupes étudiés sont parues à l’origine sur un format vinyle. Certes, Eric Duboys viendra argumenter que ce sont des collectors hors de prix, qu’acheter des disques c’est ruineux et usant, blah blah blah (signe d’une dialectique un peu binaire par moments : les gentils artistes vs les méchants de l’industrie du disque, à titre d’exemple). M’enfin, le dicton veut que l’on ne compte pas quand on aime. Et il existe toujours des moyens détournés pour se procurer de telles galettes (pour ma part j’avais choisi l’option de les commander directement auprès des labels dès leur sortie, ou de passer par gemm.com ; pour dégotter les disques épuisés de nos jours, on peut les avoir pour quasiment rien ou presque : le prix d’une connexion internet).

Le problème étant que d’occulter de la sorte nos bons vieux sillons, mène à nombre d’omissions. La plus regrettable étant celle de POSSESSION, groupe dans lequel Stephen Thrower a fait ses premières armes et auteur d’une cassette au son fortement marqué par les CABS et CLOCK DVA, ainsi que du LP indispensable The Thin, White Arms Les SATIN CHICKENS du même Thrower restent inconnus au bataillon. Ou encore faire passer le Live in Bregenz de PSYCHIC TV pour une étrange bouillie (si les versions CD de Dossier Records et Voiceprint ont des bandes passées à l’envers, le LP, lui, contient ces mêmes bandes mais passées à l’endroit, ce qui n’est pas une moindre nuance !). Accordons toutefois que l’inénarrable Gee Pee-Ho a été par trop friand de collaborations, ce qui peut expliquer, voire même excuser, le fait que ne soient pas mentionnés ses travaux avec Frieder Butzmann, Stan Bingo, Bill Laswell, F.M. Einheit, Timothy Leary, THE HAFLER TRIO, COLUMN ONE, LORETTA’S DOLL

Attribuer les paroles de « love’s secret domain » à John Balance, alors que ces vers sont issus du poème « the sick rose » de William Blake fait preuve, en revanche, de moins de sérieux. Pourquoi ne pas faire mention non plus de Quentin Crisp, l’Ordo Templis Orientis, Kenneth Anger et tutti quanti ? Le propre de G.P-O., Sleazy et Chris & Cosey étant de ponctuer leurs oeuvres de références culturelles, afin d’inviter leur auditoire à poursuivre ses propres recherches et diffuser l’information, il est dommage que ce chemin vers l’intercontextualisation n’ait semble-t-il été entrepris qu’à moitié par IMFIP ; qui aurait mérité une bibliographie plus étoffée (Derek Jarman, Temple Press, Marc Almond etc). Et que l’on ne prétexte pas au manque d’information en langue française - pas en ces temps régentés par l’Internet.

Outil dont l’auteur fait par ailleurs bon usage, en utilisant comme source principale les entretiens parus (ou ayant refait surface) via ce biais. De par le fait, les sources sont aussi communes que nombre d’illustrations du bouquin (majoritairement de simples scans des pochettes CD). Petite faute de goût aussi que l’extrait de D-Side ; dont la lecture se ressent par ailleurs dans l’usage abusif de l’adjectif « sombre » tout au long de ces 557 pages. Il aurait été utile et judicieux de piocher dans les publications et newsletters du T.O.P.Y., la série de Rapid Eye, Ratio, les autobiographies de Derek Jarman ou Marc Almond, ou de dénicher des articles et entretiens parus dans des fanzines pour offrir un brin d’inédit au corpus.

Dernier reproche, enfin, et sur lequel je mets d’entrée un bémol car il n’est pas impossible que l’auteur ait été pressé par des dates de publication indépendantes de sa volonté. Une relecture et réécriture du chapitre consacré à COIL n’aurait pas été du luxe. Cela aurait peut-être évité à Dame Judi Dench de voir son nom écorché en Deuch, mais surtout ôté cet arrière-goût amer de lire au présent et au futur conditionnel certains paragraphes relatifs à John Balance (et à son addiction fatale), dont la fin tragique est quelque peu éclipsée par de longues récriminations contre le marasme du festival ‘All Tomorrow’s Parties’ qui devait être sous l’égide de TG.

Que l’on n’aille pas se méprendre sur mes intentions toutefois : loin de moi l’envie de casser du sucre gratuitement ou de réduire IMFIP à un ouvrage de vulgarisation. Je n’aurais pas fait mieux et loue les mérites d’Eric Duboys qui a tout de même fourni un travail plus que conséquent, mis beaucoup de coeur à la rédaction et donné à un lectorat non-angliciste de quoi orienter ses recherches. Il n’empêche que pour trente euros, je préfèrerais voir le dernier album de PTV 3 dans ma collection, en version Long Play…