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Wormskull - Sound Of Hell - adn144 [par Freak Show Factor - octobre 2011]

Wormskull, un projet live de Bong-Ra et Deformer à l’origine rejoint par Balázs Pándi à la batterie, accouche finalement d’un album. Sur une base guitare-basse-drums (électroniques ou non), ils qualifient eux-même leur musique de "deathhall" ou encore de "Anarchorastacrustpunkstep". Cette dernière appellation a le mérite de faire la liste de tous les ingrédients, et si les groupes inventant des termes à rallonge exprès pour eux, dans une volonté de se démarquer du reste du monde, peut prêter souvent à sourire, force est de constater qu’ici, la démarche n’est pas abusive. Effectivement, vous n’avez jamais entendu ce son-là, ce qui peut se comprendre tellement les styles mixés ici sont issus d’univers différents voir imperméables. La recette pourrait paraître dégueulasse, mais on se régale finalement. Attention, je n’ai pas dit qu’il n’était pas à prévoir des désordres péristaltiques pour les plus sensibles d’entre vous. Malgré cette nouvelle aberration musicale offerte par Ad Noiseam, ont raisonnées en moi des références de ma jeunesse, même si je ne sais pas si ce sont celles de ces trois-là et les vocaux ragga ou "gangsta’rap style" encrent l’album géographiquement au pays des rednecks pour un bad trip façon U-turn.

Et vous vous retrouvez téléporté au snack d’un motel miteux perdu dans le désert sans que vous compreniez comment ni pourquoi (enfin, moi je sais, vous si vous lisez jusqu’à la fin). Tandis que vous vous résignez à attendre la réparation d’une roue crevée, vous chassez l’ennui à coups de décibels dans les intra-auriculaires. Une basse saturée d’effets, aussi énorme que ce pachyderme au comptoir, me fait penser à celle des Beastie Boys dans Check Your Head. Des guitares aussi crades que la cuisine de ce bouge, véritable repère à nuisibles, me rappelle "Swim", ce morceau malsain des Fishbones. Le titre "Wormskull" invoque l’esprit des Deity Guns. Des odeurs de graisse cramée vous montent aux narines. Un condensé de ce que l’Amérique a engendré de pire suinte de partout comme le moteur à l’agonie de la Cadillac. Une Chevrolet Impala tunée façon lowrider vient faire le plein. Trois samoans à peine tatoués, cousins des Boo-Yaa Tribe, rentrent pour se ravitailler en graisses saturées. A côté, le redneck au comptoir, c’est un marcassin. Voulant éviter leurs regards, je préfère fixer cette camionnette rouillée des années 30 au dehors. La seule chose qui a pu me déconcentrer est ce cafard qui me grimpait sur la main. J’ai même cru entendre le fameux harmonica de Sergio Leone au moment où le shérif du comté vient prendre sa pause (sur "Woody Strode").

Comment avais-je atterri là ? (lecture facultative)

Si je parcourrais la route 66 en Cadillac Eldorado 59, crâne rasé au vent, vous penseriez peut-être que je réalise un rêve de gosse. En vérité, c’est l’épreuve qui m’est imposée par l’écoute de "Sound of Hell". 4 000 bornes dans un tacot pourri, fallait pas s’attendre à un voyage sans accroc. L’aventure tu cherches, les emmerdes tu trouveras.

(flashback)

Merde ! J’ai roulé sur quelque-chose ! Je contrôle tout juste l’embardée due à une crevaison certaine et je stoppe cette poubelle en tirant fort sur les rennes. Le nuage de poussière envahit mes bronches tandis que l’enjoliveur continue sa route. La première fois que ça m’est arrivé, un petit millier de kilomètres auparavant, j’étais presque heureux. Ce sont ces petits problèmes qui font d’un voyage un souvenir impérissable. Quand c’est la deuxième et que vous n’avez plus de roue de secours, tout ce à quoi vous pensez, c’est ne pas finir comme ce mammifère à cornes bouffé par les vers sur le crâne duquel vous avez roulé ("wormskull" donc).

La seule réaction normale que vous puissiez avoir dans ces cas-là, c’est des coups de santiags frénétiques pendant 5 bonnes minutes dans cette putain de roue. Vous écraserez peut-être même une petite larmichette ... t’en fous, t’es dans un putain de désert ! Personne pour te voir ! Personne pour t’aider !

Bon ... la petite crise passée, le nombre de véhicules que j’ai pu croiser jusqu’ici me décide à continuer à pieds dans la même direction parce que je me souviens que ça fait bien deux heures que j’ai dépassé la dernière station dans l’autre sens. Walkman aux oreilles et roue crevée sous le bras, c’est parti pour la marche forcée dans un ralenti cinématographique du plus bel effet, le regard fixé sur l’horizon déformé par la chaleur.

Putain, j’ai trop d’la chatte ! Après à peine 3 heures de marche à 50° à l’ombre, j’aperçois une de ces enseignes mythiques. Dans moins d’une demi-heure je pourrai pousser cette putain de porte de motel et je serai sauvé. Alors que je m’attendais à ce qu’on me secours comme un vétéran du Vietnam dès lors que j’aurais franchi le seuil, je n’ai eu droit qu’à un regard en coin accompagné d’un petit jet marron giclant d’entre les dents et atterrissant juste à côté du crachoir visqueux. Il est tellement obèse que c’est déjà une performance qu’il ne se soit pas directement craché dessus.

En fait, je ne m’étais pas préparé à ces derniers mètres qui me séparaient du comptoir car, pour me réconforter pendant ce calvaire, j’avais imaginé un genre de délivrance à base de cheerleaders qui m’auraient épongé le front tout en me tenant la paille d’une marguarita.

J’arrive tout de même jusqu’à la petite sonnette posée sur le comptoir et je m’aperçois vite qu’elle n’a d’autre utilité que d’exaspérer la clientèle quand le deuxième coup engendre le beuglement du redneck accoudé à côté. Mâchonnant sa chique, et l’accent n’aidant pas, j’espérais tout de même avoir compris qu’il appelait le tenancier. Et oui, je ne fantasme même plus sur du personnel féminin, genre cow-girl chemisette nouée juste sous les seins, mini-jupe en jean effilochée et bottes de serpent. Non. A boire et qu’on me répare cette putain de roue ! c’est tout ce que je demande maintenant. Tiens ! Voilà ce que je te disais. Putain ... 112 ans le mec ! Il va mettre plus de temps à lever son cul que j’en ai mis de la Cadillac à ici.

En plus d’avoir la gorge complètement aride, j’ai du m’époumoner tellement près de l’oreille poilue du vieux que j’aurais pu la lécher pour qu’il finisse par me comprendre. Le v’là reparti vers l’atelier avec ma roue. J’ai comme l’impression que je vais avoir le temps de le siroter mon coca. Je m’en vais m’installer à une table, me remettant le Son de l’Enfer à fond dans les oreilles tout en faisant tourner cette bouteille de verre polie par la consigne, la fraîche condensation dégoulinant entre mes doigts.

La suite vous la connaissez, et ce melting pot d’ethnies différentes mais au degré de consanguinité équivalent, qui se donnent rendez-vous à l’heure du casse-croute, ne me dit rien qui vaille. Peut-être qu’avoir trouvé ce refuge moisi n’est que le début du cauchemar ...

URL : http://www.adnoiseam.net/adn144
Label : Ad Noiseam

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